Quels leviers et quelle posture d’élu pour la construction d’une politique locale ambitieuse en faveur de la bio ?

Découvrez le témoignage de Jérémy Camus, Vice-Président à la Métropole de Lyon délégué à l’agriculture, à l’alimentation et à la résilience du territoire. Le Grand Lyon est l’un des Territoires Bio Pilotes du réseau de la FNAB.

Pouvez-vous vous présenter ? Votre parcours, votre mandat ?

Après avoir passé près de 10 ans au service de collectivités dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation de politiques locales, j’ai été tour à tour dirigeant d’associations et dirigeant d’entreprises pendant 10 autres années dans l’univers de l’Économie Sociale et Solidaire. Juste avant d’être élu, je développais un réseau d’incubateurs d’entrepreneurs sociaux en ruralité.

Citoyen engagé sur mon territoire d’adoption du Val de Saône au nord de Lyon, je suis devenu en 2020 vice-président de la Métropole de Lyon délégué à l’agriculture, à l’alimentation et à la résilience du territoire. Concernant le volet « résilience », cela inclut la prospective territoriale et amène à un travail en étroite collaboration avec les territoires voisins. Car cela n’a pas de sens de vouloir être résilient tout seul, à l’intérieur de nos propres limites administratives.

Le territoire métropolitain compte 1,4 millions de mangeurs. Les espaces naturels et agricoles représentent 40% du territoire.

A noter que la Métropole de Lyon est une collectivité très particulière puisqu’elle dispose à la fois des compétences d’un Département et des compétences d’une intercommunalité. Ainsi, nous avons par exemple la compétence pour la restauration collective des collèges et la compétence agricole.

En 2023, j’ai lancé le podcast « Court Circuit » pour faire entendre la voix de celles et ceux qui ont décidé de consacrer leur vie à nous nourrir.

Quelles sont les actions phares que vous déployez en faveur de la bio sur le Grand Lyon ?

La restauration collective représente un axe fort de ma politique. Nous sommes à 50% de bio sur l’ensemble des collèges, et même à 100% dans tous les nouveaux collèges car pour ces derniers, nous trouvons plus pertinent de partir directement avec le « logiciel » bio et toute l’organisation qui va avec.

Autre action importante : nous avons mis en place une régie agricole publique pour approvisionner les cantines des collèges de la métropole. Les premières livraisons ont démarré cette rentrée scolaire. Implantée sur 4 hectares à Chassieu, elle emploie deux personnes qui sont salariées de la Métropole. L’objectif à terme est de produire 60 tonnes de légumes bio par an.

En matière de stratégie foncière, nous déployons des Périmètres de protection et de mise en valeur des Espaces Naturels et Agricoles Périurbains (PENAP, PAEN ou PEAN en fonction des dénominations employées). Cet outil permet de protéger sur le long terme les espaces agricoles et naturels. Ainsi, sur les 24 000 ha de terres agricoles que compte la métropole, 50% ont d’ores et déjà été placées en PENAP. A noter qu’un budget conséquent de la métropole, 3 millions d’euros, est adossé à ces PENAP pour cofinancer des projets agricoles, en particulier pour le secteur bio. Le cofinancement de la métropole varie de 20% à 60% en fonction des caractéristiques du projet. Les projets bio sont cofinancés à hauteur de 40% et des « bonus » sont attribués si le projet a une dimension collective et concerne les circuits courts (+10 de cofinancement dans les deux cas).

La métropole est aussi partenaire du projet MONA de la FNAB qui vise à encourager le compostage des biodéchets collectés sur la métropole pour ensuite favoriser l’utilisation de la matière organique sur les fermes bio qui en ont besoin.

Nous avons également mis sur pied un « plan bio métropolitain » qui a fait l’objet d’une délibération et qui comprend un certain nombre de mesures : mise en place d’une aide forfaitaire à l’installation de fermes bio, tutorat post-installation, soutien aux dynamiques collectives en maraichage, complément d’aide à la conversion en bio, etc.

Récolte de potimarrons à l'incubateur agricole de la Métropole
Récolte de potimarrons à l'incubateur agricole de la Métropole.

Comment avez-vous procédé, quelle posture avez-vous adoptée, pour fédérer la collectivité et les partenaires locaux autour de ces actions ambitieuses ?

Lorsque j’ai reçu ce mandat, je savais que ma mission serait difficile, d’autant plus que la Métropole mène une politique radicalement différente de celle qui est menée par le conseil régional Auvergne Rhône-Alpes. Au début du mandat, j’ai rencontré tous les acteurs de la sphère agricole et alimentaire. Nombreux sont ceux qui ont fait pression pour que je soutienne les démarches HVE, mais j’ai annoncé dès le début une posture claire en faveur de la bio et peu à peu, les lobbys ont fini par comprendre.

Il faut aussi souligner que la Métropole a multiplié par 4 son budget pour l’agriculture pour ce nouveau mandat. Cela a envoyé un signal fort dans les campagnes et permis de rallier de nombreux acteurs car ils ont vu que la Métropole mettait des moyens importants sur l’agriculture et qu’il y avait des actions très concrètes engagées.

Autre élément de posture : je fais en sorte de me positionner comme un « client » avec la profession agricole. Car en effet, en tant qu’acheteur de denrées alimentaires, notamment pour la restauration collective, et aussi en tant que gestionnaire d’un ensemble de biens communs qui induisent de nombreuses dépenses publiques (dépollution de l’eau par exemple), il me semble important que l’on comprenne que les enjeux et les préoccupations économiques ne sont pas seulement du côté de la profession agricole, mais aussi du côté de la collectivité elle-même. Si l’on me dit « vous faites de la politique, vous avez une vision politicienne », je réponds « lorsque vous êtes face à un acheteur, est-ce que vous lui dites qu’il fait de la politique ? Non, vous essayez de répondre au mieux à sa demande. Et nous, à la Métropole, nous avons des attentes et des critères bien précis concernant la qualité attendue des produits agricoles cultivés, élevés sur notre territoire.

Comment se gèrent au quotidien les rapports de force qui peuvent exister sur le terrain, car tout le monde n'a pas la même vision de la transition et la bio ne fait pas toujours l'unanimité ?

Il y a évidemment des pressions et des discours qui tentent de nous détourner de nos objectifs, mais la clé est de ne pas se laisser parasiter par tous les bruits de fond. Le temps du mandat est très court donc si l’on veut travailler efficacement et aller au bout des actions que l’on a validées, il faut avancer vite et ne pas remettre à chaque fois en cause les décisions qui ont été prises précédemment. Je ne sais pas ce qu’il va se passer aux prochaines élections municipales, mais j’ai essayé de « cranter » le plus de choses possibles sur la durée de mon mandat. Et ça marche ! Nous avons fait la preuve que des politiques volontaristes produisent leurs effets, même dans la tempête. En pleine crise du bio, notre territoire constate l’inverse de la tendance nationale : la surface en bio a progressé pour atteindre 21 % (soit le double de la moyenne nationale et encore 250 hectares supplémentaires par rapport à l’année dernière) et le nombre d’agriculteurs bio n’a pas cessé d’augmenter pendant tout le mandat. J’ai designé autant que possible les dispositifs d’aides publiques en fonction de ma vision pour l’agriculture de demain, et les défis restent immenses ! Mais en effet, tout pourrait s’arrêter demain si l’opposition remporte les élections.

Plusieurs ressources utiles pour aller plus loin :

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