Renouveler les générations : pour une agriculture locale, performante et résiliente

A l’automne 2023, la FNAB, Terre de Liens et la Fondation pour la Nature et l’Homme publiaient « Un horizon pour les fermes d’élevage : restructurer et diversifier ». Cette étude montrait que, pour lever les obstacles à la transmission, certains cédants et/ou repreneurs se tournent vers une restructuration et une diversification des productions de fermes d’élevage. Ces innovations, nous les accompagnons tous les jours ! Dans les territoires, les Groupements d’Agriculture Biologique et les Associations Territoriales de Terre de Liens oeuvrent aux côtés de nombreux acteurs publics pour favoriser le renouvellement des générations : accompagnement des candidats et candidates à l’installation, recherche de foncier, sensibilisation des cédants et cédantes, diagnostic de fermes, etc.

80 élu·e·s et acteurs locaux s’unissent pour réclamer une meilleure articulation des politiques agricoles

Pourtant, ces actions de terrain de longue haleine font face à un cadre national peu favorable. Nos organisations saluent donc l’initiative de 80 élu-e-s de collectivités territoriales, syndicats d’eau, parcs naturels régionaux qui se mobilisent autour d’un texte commun appelant à une meilleure cohérence des politiques publiques, du local au national !

Tribune - Renouveler les générations : pour une agriculture locale, performante et résiliente

À l’approche des prochaines élections municipales, il nous paraît essentiel de rappeler que les choix faits aujourd’hui en matière d’agriculture et d’aménagement façonneront durablement nos territoires. En tant qu’élus et acteurs locaux – collectivités territoriales, agences de l’eau, parcs naturels régionaux –, nous sommes les témoins quotidiens des bouleversements qui traversent notre agriculture. Nous voyons les exploitations agricoles devenir de plus en plus grandes et de plus en plus spécialisées, l’élevage et nos prairies disparaître et les paysages typiques de nos territoires perdre en singularité. Malgré nos efforts constants pour soutenir une agriculture de proximité, respectueuse de nos ressources, créatrice de valeur ajoutée et d’emplois, nous sommes souvent impuissants face à des tendances de fond.

La transmission des fermes, un défi majeur pour nos territoires

Le principal défi est le renouvellement des générations d’agriculteurs. Le rythme des disparitions de fermes est alarmant : entre 2010 et 2020, la France a perdu 100 000 fermes, soit une baisse de 20 %. Ce mouvement touche en particulier les petites et moyennes fermes, souvent en élevage bovin (lait ou viande). Aucun territoire n’échappe à cette tendance.

Aujourd’hui, quand un agriculteur part à la retraite, il est souvent plus simple, plus rapide voire plus intéressant financièrement de proposer les terres à l’agrandissement des voisins que de chercher un repreneur. Les politiques publiques favorisent la concentration foncière, les filières conventionnelles et la spécialisation.

Pourtant, des études comme celle menée par Terre de Liens, la FNAB et la Fondation pour la Nature et l’Homme en 2023 (1) sur les fermes d’élevage démontrent que les exploitations de taille humaine et diversifiées sont résilientes. Elles génèrent davantage d’emplois par hectare, créent davantage de valeur ajoutée locale, adoptent plus facilement des pratiques favorables à l’environnement et contribuent davantage au dynamisme de nos territoires que la moyenne des fermes. Par exemple, les fermes laitières de petite et moyenne taille ont prouvé (2) leur capacité à maintenir leur performance économique tout en diversifiant leurs activités et en réduisant leur impact environnemental.

1. Terre de Liens, FNAB, Fondation pour la Nature et l’Homme, Un horizon pour les fermes d’élevage : restructurer et diversifier, 2023.
2. CGAAER et IGF, Evaluation des freins fiscaux et non fiscaux au renouvellement des générations en matière agricole, 2024.

Nos initiatives locales, nécessaires mais insuffisantes face au cadre national

Face à ces enjeux, nous multiplions les initiatives : repérages des fermes à transmettre, aide à l’installation de jeunes agriculteurs, préservation du foncier agricole, soutien aux circuits courts, mise en place d’EGALIM dans la restauration collective locale. Nous portons ou finançons des actions concrètes pour préserver la ressource en eau et encourager la diversification et ainsi maintenir des fermes à taille humaine. Ces actions portent leurs fruits localement mais se heurtent à des orientations nationales à rebours de nos besoins sur le terrain. La gestion de la ressource en eau, dont les collectivités ont la responsabilité, est un exemple frappant. En 2023, 25% de la population française a été alimentée par une eau non conforme et les pesticides agricoles sont une source majeure de
contamination. L’Etat reste cependant frileux à engager les actions nécessaires pour réduire leur usage, transférant de fait les coûts de traitement de l’eau sur les collectivités et la population.


Soyons réalistes, sans impulsion politique au niveau national, nos efforts ne suffiront pas à inverser la tendance. Nous devons bâtir un modèle agricole qui repose sur les emplois locaux, des paysages préservés et une alimentation de qualité accessible à tous. C’est une question de performance économique, de cohésion sociale et de préservation de l’environnement.

Notre appel pour l'avenir

Il est urgent de créer une meilleure articulation entre politiques locales et nationales. Nous proposons :

  • Des politiques publiques qui favorisent réellement la transmission-reprise plutôt que l’agrandissement-concentration, en créant des outils fonciers adaptés et en accompagnant les futurs cédants et les candidats à l’installation. L’Etat devrait a minima doubler le budget alloué à l’Accompagnement à l’Installation-Transmission en Agriculture (AITA) pour déployer France Services Agriculture le 1er janvier 2027.
  • Une fiscalité agricole plus juste et incitative – La fiscalité doit encourager toutes les transmissions, qu’elles soient familiales ou non, et soutenir la diversification des activités agricoles plutôt que le surinvestissement et l’agrandissement.
  • Une réorientation des aides agricoles. Les critères d’attribution des aides doivent valoriser la création d’emplois, la préservation de l’environnement et la contribution au dynamisme territorial. Ces aides doivent permettre un accompagnement à la transition agroécologique. La future PAC post-2027 ouvrira sans aucun doute cette possibilité.
  • Un soutien à la transition agroécologique. La France s’est fixée comme objectif : 21 % de terres en agriculture biologique au 1er janvier 2030. Les décisions de l’Etat doivent soutenir cette ambition, tant en soutenant la production qu’en incitant la consommation.

 

L’agriculture est un secteur stratégique pour nos territoires. Elle mérite des politiques publiques cohérentes, du national au local pour nourrir nos populations, préserver notre environnement et faire vivre nos campagnes. Il est temps que l’État et l’Europe accompagnent cette ambition territoriale.

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