Comment booster le renouvellement des générations sur un territoire périurbain soumis à une forte pression foncière ? La Métropole de Lyon a choisi de relever le défi en structurant un accompagnement complet des porteurs de projet. De la première découverte de l’écosystème au tutorat post-installation, en passant par le test agricole : tour d’horizon d’une dynamique qui porte ses fruits.
Un collectif de partenaires pour fluidifier le parcours des installé·es
Au départ de la stratégie lyonnaise se trouve un Comité Technique Installation-Transmission, qui réunit trois à quatre fois par an plusieurs partenaires locaux clés ; la Chambre d’agriculture, l’ADDEAR du Rhône, Terre de Liens Rhône-Alpes, la SAFER, Les Fermes Partagées, la MSA et le Syndicat mixte Plaines et Monts d’Or. Cette instance a permis de décloisonner les relations entre les structures et de coordonner les actions de terrain.
Pour lever les freins liés à la confidentialité, notamment sur le suivi de situations individuelles sensibles, la Métropole s’est récemment dotée d’une charte partenariale. Résultat : un partage d’informations sécurisé et plus d’efficacité pour répondre aux problématiques des porteurs de projet et des cédants.
Des événements pour découvrir l'écosystème
Depuis début 2025, la Métropole et ses partenaires ont coorganisé trois événements décentralisés qui ont réuni à chaque fois entre 12 et 25 participants.
L’objectif ? Permettre aux futurs agriculteurs et aux cédants de rencontrer tous les acteurs de l’accompagnement en un même lieu et au même moment. Plusieurs formats ont été testés : « pitchs » des structures sur leurs interventions, temps d’information plénière sur les opportunités foncières, table-ronde sur les statuts, témoignages de jeunes installés (notamment en arboriculture, une filière locale qui peine à recruter)…
Le format a évolué au printemps 2026 pour laisser une large place à l’informel : après une visite de l’espace-test agricole de la Métropole et le témoignage d’une récente sortie de test, les participants ont pu échanger entre eux en sous-groupe selon leur profil (émergence vs installation) et profiter d’un speed meeting avec les structures d’accompagnement de leur choix.
Un espace-test agricole branché sur la restauration collective
Inauguré en 2024 sur la commune de Vaulx-en-Velin, cet espace-test métropolitain redonne ses lettres de noblesse à l’historique ceinture maraîchère lyonnaise, qui a progressivement laissé sa place aux cultures céréalières. Sur un site de 5 hectares, la Métropole a pu préempter une maison transformée en « base vie » et un garage en chambre froide. Des serres ont été mises à disposition. Le site accueille 3 places de test.
Porté par une forte volonté politique de favoriser la commande publique locale et bio, chaque « couvé » dispose d’1 hectare propre et participe à 1 hectare commun spécifiquement dédié à la restauration collective. Accompagnés par Agribio Rhône et Loire, les « couvés » apprennent à travailler en gré à gré avec les chefs de cuisine et à comprendre les exigences de ce débouché.
Quel bilan pour la première génération ? Les trajectoires confirment l’utilité de l’outil : une couvée s’installe sur le territoire au sein d’un GAEC, un autre cherche à s’installer sur des terrains communaux de Vaulx-en-Velin (en passant temporairement par le salariat), et le troisième s’oriente vers un autre projet agricole. Cette année, deux nouveaux testeurs ont intégré le site pour expérimenter l’installation en collectif.
Sécuriser les premières années : aides financières et tutorat
Une aide directe à l’installation bio
Déployée dans le cadre du Plan de soutien à la bio, cette aide forfaitaire s’élève à 3 000 € pour les installations bio et 4 000 € pour les projets bio Hors Cadre Familial. Soumise au régime des minimis, elle cible les agriculteurs (hors équin) de moins de 55 ans, installés à titre principal ou secondaire, et obligatoirement accompagnés.
Sur la période 2024-2026, 172 000 € d’aides à l’installation AB ont été versées à 43 bénéficiaires.
Le tutorat post-installation
Nouveauté sur le territoire : la mise en place d’un service de tutorat post-installation pour les agriculteurs bio. Le principe ? Des agriculteurs installés partagent leur expérience avec de nouveaux installés (jusqu’à 8 demi-journées par an, sur une durée de 2 à 3 ans. Le dispositif, qui compte aujourd’hui plusieurs binômes actifs (notamment en maraîchage), s’est consolidé grâce aux démarches directes des tutorés qui ont su identifier leurs pairs référents.
Ce dispositif n’est pas sans rappeler le dispositif Maîtrise des pratiques développé par le réseau FNAB depuis maintenant plus de 10 ans !
Des aides à l’investissement
La Métropole soutient également les investissements liés à l’installation dans le cadre de son programme d’actions PENAP (Préservation des Espaces Naturels et Agricoles Périurbains), avec un taux d’aide à 50% pour les installations en AB et en circuits de proximité.
Ces aides interviennent en complément des subventions du Plan Stratégique National décliné par la Région, dans le cadre duquel la Métropole adosse également des crédits au FEADER en tant que département cofinanceur.
Transmission : sensibiliser et anticiper les départs
Si le parcours à l’installation est désormais bien balisé, le volet « Transmission » constitue le prochain grand chantier de la Métropole de Lyon. L’accent est mis en premier lieu sur la sensibilisation des futurs cédants et la déconstruction des tabous liés à l’arrêt de l’activité. Une action culturelle originale est ainsi en cours de construction : l’organisation d’un spéctacle-débat, co-porté avec l’ADDEAR et le réseau des AMAP, pour aborder le sujet de manière sensible et humaine. En parallèle, la Métropole souhaite initier des permanences et des rendez-vous individuels.