Territoires Bio Pilotes : la parole à Christian Grancher, vice-président de la Communauté urbaine Le Havre Seine Métropole

Témoignage d’élu | Espace test agricole, installation de maraichers bio, produits bio & locaux en restauration collective, structuration de filières… découvrez les initiatives portées par ce Territoire Bio Pilote de Normandie.

Présentez-vous, votre origine professionnelle, vos mandats au sein de la Communauté urbaine Le Havre Seine Métropole

Je suis vice-président de la Communauté urbaine en charge de l’agriculture et de l’alimentation, un sujet qui me passionne. J’ai également été maire de la commune de Cauville-sur-Mer pendant trente ans, mais je viens de quitter mes fonctions : il faut laisser la place à la nouvelle génération !

Je suis fils et petit-fils d’agriculteurs. Mon grand-père travaillait la terre sans produits phytosanitaires.

Quels sont vos objectifs, vos ambitions en matière de transition agricole et alimentaire sur votre territoire ?

La mission qui m’a été confiée est d’accompagner les agriculteurs pour préserver la ressource en eau — un enjeu majeur — et améliorer la qualité alimentaire afin de répondre aux défis de santé publique.

Nous avons commencé par travailler sur la restauration collective, notamment grâce à la loi Egalim qui a le mérite de fixer des objectifs précis. Certaines cantines ont déjà dépassé les seuils requis, d’autres sont en bonne voie et certaines avancent plus lentement. Avec les fournisseurs, les cuisiniers et tous les acteurs, nous travaillons sans relâche.

Comment se traduisent ces ambitions dans les documents de politiques publiques (délibérations, textes cadres, divers outils de planification) ?

Notre feuille de route, c’est le Projet Agricole et Alimentaire Territorial (PAAT), que nous avons construit avec tous les acteurs du système alimentaire :  producteurs, transformateurs, logisticiens, syndicats agricoles, associations, consommateurs… Ce PAAT constitue la base. Nous travaillons en étroite transversalité au sein de la Communauté urbaine avec les vice-présidences : biodiversité, protection de la ressource en eau, et santé publique, cycle des déchets. L’idée est d’adopter une démarche globale reconnaissant « une seule santé » ou « one health ».

La protection de l’eau est un point d’entrée essentiel du PAAT, ce sujet nous a permis d’aller à la rencontre des agriculteurs. La qualité de l’eau est dégradée, c’est assez inquiétant, mais grâce au PAAT nous essayons de rassembler tout le monde : bio et conventionnels échangent et avancent dans le même sens. Nous nous appuyons sur toutes les structures qui nous permettent de progresser, comme Bio En Normandie, l’agence de l’eau Seine Normandie… Nous communiquons auprès de la population via notre bulletin territorial, où nous mettons en valeur les actions menées. Mon objectif est clair : construire un dialogue apaisé entre le monde agricole et le monde urbain.

Récemment, j’ai participé à la conférence des maires de la communauté urbaine où nous avons travaillé ensemble autour de la fresque du sol. Cela a permis aux 54 communes de dresser des constats communs et de fixer des objectifs. Nous envisageons notamment de réaliser une cartographie de la qualité des sols pour faciliter les arbitrages sur l’usage des terres sur notre territoire.

Décrivez 3 actions phares/emblématiques que vous portez en faveur du développement de l'agriculture biologique sur Le Havre Seine Métropole

  • Installation de maraichers bio

    Parmi nos actions phares, je citerais d’abord la création d’un espace test en maraîchage. En 2015, quand la dernière ferme maraîchère sur ma commune a été mise en vente, nous avons voulu réagir face à l’hémorragie agricole et endiguer cette tendance à l’agrandissement. Nous avons donc acheté le site. Avec l’aide de plusieurs partenaires, nous avons mis en place l’espace test agricole, que nous avons entièrement équipé (hangar, accès à l’eau, serres…), et trois « testeurs » ont pu être accueillis sur le site. Depuis, au moins neuf personnes se sont installées après leur phase de test.

    La tension foncière reste forte pour les porteurs de projet, mais grâce à la « Ceinture Verte », nous avons pu installer trois fermes maraîchères bio supplémentaires, avec des infrastructures prêtes à l’emploi. Nous avons mis en place un bail emphytéotique sur l’ensemble, mais chaque maraîcher dispose de son propre bail rural et cotise tous les mois pour la location des terres. A terme, ils pourront devenir propriétaires de leur ferme.

    Aujourd’hui, nous cherchons encore des porteurs de projets solides pour poursuivre cette dynamique.

    Restauration collective

    Nous travaillons avec les 54 communes de la communauté urbaine pour atteindre les objectifs de la loi Egalim et mettre en place des marchés publics favorables au bio et au local. Il est important de souligner le caractère stratégique de la commande publique. Elle peut être perçue comme un frein, mais bien maitrisée, elle devient un levier puissant en faveur de l’approvisionnement local et bio. Nous avançons sur la structuration d’une filière de légumes bio et locale à l’appui des commandes de la restauration collective scolaire. Pour faciliter la logistique, nous accompagnons aussi le déploiement de l’offre locale et bio livrée à vélo.

    Filière blé-farine-pain bio et facilitation de l’interconnaissance

    Nous avons lancé récemment une filière blé-farine-pain bio. Nous avions constaté que les acteurs économiques du territoire (agriculteurs, meuniers, boulangers…) se connaissaient peu. Cette mise en relation de départ a créé une vraie dynamique et une émulation : nous avons démarré avec 9 hectares de semences anciennes de blé bio. Nous aurons le plaisir cet automne de déguster du pain 100% local et bio, issu de variétés anciennes très avantageuses d’un point de vu nutritionnel et gustatif.

    Beaucoup d’autres actions en cours

    Nous soutenons financièrement l’acquisition de matériel agricole adapté pour l’agriculture biologique. Nous avons aussi travaillé sur les débouchés en accompagnant l’installation d’un marché de plein vent de producteurs bio, en permettant l’identification des producteurs locaux et bio sur les stands des marchés, en créant un annuaire des producteurs locaux consultable en ligne à destination des professionnels. Nous sommes membre fondateur d’AgriParisSeine, un projet inter-territorial qui vise à structurer les filières agricoles durables sur le bassin de la Seine en vue d’approvisionner la restauration collective de nos territoires en produits bio et sous signe de qualité. C’est une aventure très enthousiasmante. 

Atelier de formation en boulangerie au CFA du Havre dans le cadre de la structuration d’une micro filière Blé-Farine-Pain bio © Nicolas Bram
Atelier de cuisine à destination des chefs de restauration collective
Espace test agricole 30 bis rue Briquemare, Cauville sur mer
L’espace test agricole de la communauté urbaine ©BreardPhilippe

Qu'est-ce qui a motivé votre adhésion au réseau des Territoires Bio Pilotes ? Qu'est-ce que cela vous apporte ? Quelles sont vos attentes ?

Nous avons souhaité adhérer au réseau des Territoires Bio Pilotes car cela nous permet de découvrir des initiatives inspirantes, de comparer nos expériences et d’adopter de bonnes pratiques. J’ai beaucoup appris en échangeant avec d’autres territoires bio pilotes, notamment lors des séminaires et des visites de terrain.

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