L’Agence de l’eau Seine Normandie a publié fin août les résultats d’un travail commandé à l’IREEDD, l’Institut des Ressources Environnementales et du Développement Durable. L’organisme a étudié 21 aires d’alimentations de captages. Il a modélisé et comparé le coût de politiques publiques “100% préventives” et celles “100% curatives”. Verdict : le curatif est toujours plus coûteux que le préventif. Et plus on attend, plus l’écart se creuse.
Actions curatives ou préventives : en quoi les politiques de l’eau concernent l’agriculture ?
L’étude compare deux situations contrastées : un scénario « tout curatif » et un scénario « tout préventif ».
Dans le scénario “tout curatif”, la collectivité locale parie uniquement sur la dépollution de l’eau en investissant dans des usines de traitement. L’objectif est de diminuer les taux de nitrates et pesticides présents dans l’eau brute pour distribuer une eau potable conforme à la réglementation. Les pratiques agricoles n’ont pas besoin d’évoluer même lorsqu’elles sont responsables des pollutions.
Dans le scénario “tout préventif”, la collectivité locale souhaite éviter les coûts de traitement de l’eau. Elle mise sur la collaboration avec les agricultrices et agriculteurs pour réduire les pollutions “à la source”. Elle accompagne techniquement et financièrement les fermes pour qu’elles baissent notablement leurs utilisations de pesticides et d’engrais chimiques de synthèse. Elle encourage les conversions des fermes à l’agriculture biologique dont le cahier des charges interdit l’usage de ce type d’intrants.
Dans la réalité, les collectivités mènent souvent des politiques mélangeant de manière plus ou moins aboutie des actions préventives et des actions curatives.
Pourquoi le “tout préventif” est-il un investissement 100% gagnant pour les collectivités ?
Les conclusions de l’étude de l’IREEDD sont édifiantes :
- Le curatif est toujours plus coûteux que le préventif pour le service d’eau. En moyenne, le coût du curatif est trois fois plus élevé que le préventif. Cet écart se creuse si l’on raisonne du point de vue du reste à charge supporté par le service d’eau, où le curatif est alors 13 fois plus important.
- L’approche par les coûts ne valorise pas les bénéfices pour la société de chacun des scénarios, qui sont bien plus importants dans le cadre d’une stratégie “tout préventif” (santé publique, environnement, surcoûts de l’interconnexion avec un autre captage en cas d’abandon du captage initial…)
- Le scénario préventif est plus durable et résilient.
- L’inflation, notamment de l’énergie, renchérit fortement le curatif.
- La hausse du montant des aides directes à l’agriculture renchérit le scénario “tout préventif”, sans forcément alourdir la charge supportée par le service d’eau.
L’étude a également montré qu’attendre ne fait qu’accentuer l’écart entre le curatif et le préventif en comparant les résultats obtenus en 2026 avec ceux obtenus en 2011. Pour toutes ces raisons, l’Agence de l’eau Seine Normandie, comme d’autres Agences de l’eau, soutient les projets de développement de l’agriculture biologique sur ses bassins versants. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à contacter votre Agence de l’eau ou la structure du réseau FNAB la plus proche de chez vous.
Pour approfondir le sujet, la synthèse de l’étude est disponible ici : Comparaison économique de scénarios préventifs et curatifs sur les aires d’alimentation de captages du bassin Seine-Normandie.
Article écrit par Nathalie Sévaux, chargée de mission Politiques Publiques de l’eau à la FNAB.