Le rapport annuel 2026 du Haut Conseil pour le Climat appelle à une accélération de la transition agricole et alimentaire. Moins dépendante des engrais de synthèse et fondée sur des systèmes plus autonomes, l’agriculture biologique apporte des réponses concrètes aux enjeux climatiques. Les collectivités disposent de plusieurs leviers pour consolider cette transition, notamment par la restauration collective et les projets territoriaux.
Une transition climatique à accélérer dès maintenant, en écho avec l'été 2026
Le constat posé par le Haut Conseil pour le Climat est sans équivoque : en Hexagone, le réchauffement atteint déjà 2,2°C par rapport au début du 20ème siècle. La trajectoire actuelle des politiques mondiales conduirait à une hausse d’environ 3°C de la température moyenne en 2100, soit près de 4°C en Hexagone. Les conséquences sont déjà perceptibles dans les territoires, comme l’a montré cet été 2026 : sécheresse, tensions sur la ressource en eau, vagues de chaleur, pertes agricoles et fragilisation des écosystèmes. Pourtant, la baisse des émissions françaises ralentit. Pour respecter le budget carbone national, le rythme devrait atteindre au moins 4% par an entre 2026 et 2028. Cette accélération concerne tous les secteurs, y compris l’agriculture et l’alimentation.
Pourquoi l’agriculture est-elle au cœur des enjeux climatiques ?
L’agriculture représente 21 % des émissions territoriales françaises, hors secteur de l’utilisation des terres et des forêts. L’élevage en concentre 59 %, principalement sous forme de méthane, et les cultures 27 %, en grande partie du fait du protoxyde d’azote associé à la fertilisation azotée.
En 2025, les émissions des cultures seraient reparties à la hausse, parallèlement à l’augmentation des apports d’engrais minéraux azotés. Le secteur agricole aurait dépassé de 2 millions de tonnes équivalent CO₂ la trajectoire prévue par la Stratégie nationale bas-carbone. Ce constat pose aussi une question de souveraineté : l’agriculture conventionnelle française est importatrice nette d’engrais minéraux azotés, et dépend des importations pour environ 65% de sa consommation de soja et de graines destinés à l’alimentation animale. La volatilité des prix de l’énergie et des engrais expose donc directement les fermes, et les filières, aux crises géopolitiques.
Le Haut Conseil pour le Climat appelle ainsi à une transformation structurelle des systèmes agricoles et alimentaires, afin de réduire leur consommation d’intrants, leurs émissions et leur vulnérabilité aux chocs extérieurs.
L’agriculture biologique, une alliée pour la transition climatique et territoriale
En interdisant les engrais azotés de synthèse et en privilégiant les rotations diversifiées, les légumineuses, la fertilité biologique des sols ou encore des systèmes d’élevage recherchant l’autonomie alimentaire, le label bio répond directement à plusieurs orientations formulées par le Haut Conseil pour le Climat :
- Il contribue à diminuer la dépendance aux intrants importés et, in fine, à limiter l’exposition des fermes aux fluctuations de leurs charges.
- Il contribue à la réduction directe des émissions de gaz à effet de serre.
- Les pratiques biologiques associées au cahier des charges bio jouent un rôle dans le maintien du carbone stocké durablement dans les sols (prairies permanentes) et le stockage du carbone dans les éléments ligneux.
Cependant, les services environnementaux rendus par les systèmes biologiques nécessitent un appui en établissant des débouchés suffisamment stables et un accompagnement technique.
Les collectivités peuvent sécuriser cette transition climatique, en soutenant l'agriculture biologique sur les territoires
Les collectivités occupent une place centrale dans les politiques climatiques. Par leurs compétences en matière d’aménagement, de développement économique, de gestion de l’eau, d’action sociale et de restauration collective, elles peuvent agir simultanément sur la production agricole, les débouchés et l’accès à une alimentation de qualité :
1) La commande publique constitue un premier levier : en développant des approvisionnements biologiques durables dans les cantines scolaires et les autres restaurants collectifs, les collectivités contribuent à l’atteinte des objectifs de la loi EGalim tout en offrant de la visibilité aux producteur-rices.
2) Les outils de planification (PCAET, PAT, PTGE, …), en complément, contribuent à mettre en cohérence les politiques et les enjeux relatifs à l’agriculture, l’alimentation, le climat ou encore l’eau. Ils peuvent soutenir l’installation et la transmission en agriculture biologique, faciliter l’accès au foncier ou encore structurer les outils locaux de transformation et de logistique.
3) Les collectivités ont un rôle à jouer et peuvent soutenir les fermes biologiques au travers des dispositifs d’aides à l’investissement pour l’adaptation au changement climatique (PCAE, …) ou encore des périmètres de protection des espaces agricoles (PENAP, …).
Pour approfondir le sujet
Article écrit par Claire Grangeat, chargée de mission Climat à la FNAB.